DESIGN
Commençons par le look, car en effet, le 4x4 Porsche est certainement le plus séduisant de sa classe. Avec un physique de "winner" dû en grande partie à sa ressemblance génétique avec un monstre sacré de plus de 40 piges, la Porsche 911, il tire un trait définitif avec la mode qui consistait jusqu'alors à faire d'un 4x4 un immonde réfrigérateur à quatre roues, qu'un gamin de 10 ans semblait avoir dessinné à la règle. Il en conserve un Cx navrant de 0,39, ce qui constitue pourtant dans la catégorie un exploit. Non, n'ayons pas peur des mots, le Cayenne Turbo S est... pas vilain. Presque beau même. En tout cas, c'est moins subjectif, il est impressionant et attire le regard. Il force le respect, même à l'arrêt, posé là comme un athlète bodybuildé sur ses jantes de 20 pouces, un peu à la manière d'un individu hors-normes que l'on appelle communément "force de la nature". Et puis, c'est une Porsche. Il suffit de le garer sur un parking un peu fréquenté pour mesurer l'aura que possède la marque, alors que son vrai faux-frère Volkswagen, le Touareg, ne provoque guère plus d'attention qu'une banale Passat. Intérieurement, pas de mauvaise surprise non plus, bien entendu, on pourrait se croire à bord d'une somptueuse limousine britannique, superbement finie et richement équipée (cuir, clim, GPS, Audio Bose, etc.) s'il n'y avait cette agréable sensation de survoler la route et le traffic dans une position de conduite très ergonomique. Un sentiment d'invulnérabilité et de domination nous envahit alors... on se sent fort, le Cayenne flatte l'égo et les instincts du mâle, c'est incontestable.
MOTEUR
Le sentiment "nouveau" procuré par l'altitude du poste de conduite, pour nous qui sommes mieux habitués aux baquets en plastique posés à 10 cm du sol, se trouve soudainement rejoint par une émotion plus conforme à nos références : les gargarisme d'un bon gros V8 ! Vrooooaaaar, l'aurait écrit Jean Graton ! Huuum... c'est bon ! Car on devine que notre baleine ne se nourrit pas de plancton, ni de mazout comme 99% des 4x4, mais bien de super sans plomb ! Et oui, une Porsche Diesel, cela reste une fiction et un pas, en revanche, que nous ne sommes pas encore prêts à franchir. Bref, le Cayenne Turbo S se mue de fait par un V8 4L5 développant 521 ch DIN de 5500 à 6000 tr/mn par la force de deux turbocompresseurs à géométrie variable lui soufflant dans les cylindres à raison de presque deux fois la pression atmosphérique (1,9 bar). L'air est avant cela refroidi par deux échangeurs dont la taille a été augmentée par rapport au Cayenne Turbo "normal" et offrant moins de résistance aux flux ainsi qu'une contre-pression réduite de 50%. Le système d'admission Variocam permet enfin de lisser au maximum le couple sur toute la plage de régimes. La force du V8 est colossale, les 650 Nm disponibles dès 2000 tr/mn sont capables d'arracher le sol pour faire décoller, promptement, les 2300 kg de l'appareil. Au total, 720 Nm sont fournis de 2750 à 3750 tr/mn, de quoi tracter sans s'en apercevoir n'importe quelle remorque ! Les modifications proposées sur le V8 le sont d'ailleurs depuis un moment sur le Cayenne Turbo via le kit "performance". Avec une telle force de persuasion, pas d'autre choix que de s'en remettre à la boîte automatique tiptronic S à 6 rapports, qui nous laisse heureusement faire mumuse comme on veut avec le son "méchant" du V8 grâce aux palettes sur le volant et au mode sport. Forte d'un rapport poids/puissance de seulement 4,5 Kg/ch, la mécanique permet de catapulter en 5"2 le Turbo S à 100 Km/h et de pointer l'aiguille du compteur à plus de 270 ! La toute récente 911 Carrera peut tenter de le semer, elle aura toujours le buffle à ses trousses ! Impressionnant, tout comme la consommation... A bon rythme, sans plus, le bougre engloutit sans tabou près de 25L de SP98 aux 100 kilomètres et jamais il n'est envisageable de descendre sous les 13L. Le pire, c'est lorsqu'il faut à nouveau remplir les 100L du réservoir. A ce compte là, vous aurez vite gagné un nouveau service à vaisselle pour madame...
CHASSIS
S'il est un point sur lequel le Cayenne peut laisser choir les à prioris, c'est bien concernant la tenue de route. Oubliez les stars du roulis, les suspensions en bois ou en guimauve et le pompage gerbatoire qui caractérise quasiment toute la production des tous-terrains : le Cayenne est impérial, quelle que soit la chaussée, quelle que soit votre conduite. Sur terrain gras, il n'a pas les capacités de franchissement d'un Land Rover mais ce titan n'est pas ridicule. Certains, qui se sont risqué sur circuit ont fait le même constat et fait remballer leur fierté à plus d'un propriétaire de coupé sportif. Toutefois, pour le même prix, le plaisir procuré par un coupé comme la 911 GT3 qui vire à plat sans artifice se montre infiniment plus gratifiant. Mais qu'on se le dise, le Cayenne Turbo est une vraie Porsche et offre un niveau de sportivité inattendu, bien aidé par la transmission intégrale permanente, le PASM et la suspension active. Le PTM (Porsche Traction Management) envoie par défaut 62% du couple à l'arrière et cela peut atteindre 100% si les conditions l'exigent. Pour stopper la machine, capable de cruiser à deux fois la vitesse maxi légale sur autoroute, le système de freinage s'apparente à celui d'un airbus. Remplissant quasiment les grandes jantes de 19", les énormes disques de freins (380 et 358 mm) recoivent un circuit de refroidissement très étudié et le Cayenne ne trahit pas la réputation acquise de la marque en la matière, ce qui est tout aussi stupéfiant. Alors bien sûr, il n' a pas l'agilité de cabri d'une Lotus Elise mais en dépit d'un poids presque trois fois supérieur le Porsche Cayenne Turbo S s'en tire plutôt avec les honneurs, vu l'ampleur du défi technique ! Faire rouler aussi vite et avec tant de facilité un engin pareil relève de l'exploit d'ingénieurs. D'autant que sa mécanique répond toujours présente et compense en bonne partie l'inertie liée à la masse et au centre de gravité haut perché, tous deux contre-nature pour une vraie voiture de sport.




